Something Out Of Nothing
Bye Parula, un trio d'immigrants qui ont trouvé leur match musical à Montréal, est composé du chanteur et bassiste Loïc Calatayud-Sola (sud de la France), du guitariste Sebastián Riquelme (Chili) et du batteur Sergio D'Isanto (Italie). Ils sont devenus le groupe le plus populaire du Canada, ne serait-ce que pendant une vingtaine de secondes, chaque matin. C'est à ce moment-là que leur single de 2023, « Still Got the Spirit », a été diffusé dans tout le pays sur CBC Radio One, dont les auditeurs ont reconnu la chanson comme le thème d'ouverture de l'émission phare du réseau, consacrée aux arts et à la culture, Q with Tom Power.
« Something Out Of Nothing » reflète leur amitié grandissante et leur interaction de plus en plus intuitive, qui les a inspirés à élargir leurs horizons esthétiques tout en s'orientant vers une écriture plus introspective. Le nouvel album a été produit par Robbie Kuster (Flore Laurentienne, Patrick Watson) et mixé par Warren Spicer (Unessential Oils, Plants and Animals). Il met en vedette une équipe de collaborateurs, dont Elisapie, Adèle Trottier-Rivard (Bibi Club), Morgan Moore et François Lafontaine (Karkwa).
Avec la sortie de leur deuxième album en 2026, Bye Parula présente un mélange mercuriel inspiré du funk orchestral de Serge Gainsbourg, des mélodies blessées d'Elliott Smith, des rythmes cosmopolites des Talking Heads et du R&B artisanal de Dijon, le tout imprégné d'une sensibilité cinématographique des années 1970 qui brouille la frontière entre fantaisie ensoleillée et floue et sophistication urbaine.
Cette approche libre et détendue est immédiatement perceptible dans les premiers morceaux de l'album, liés par un thème commun. « I Don't Know » et « KISSBURN », avec leur énergie tourbillonnante, leurs refrains en fausset et leurs solos de guitare wah-wah, nous plongent au cœur d'une séduction disco : le premier morceau est chanté du point de vue d'une personne qui subit les avances presque gênantes d'un inconnu amoureux ; le second adopte le point de vue du prétendant déterminé qui poursuit sans relâche son objectif.
Les sons hédonistes de leur deuxième album ne peuvent masquer la détresse qui se cache sous la surface : cet album vous masse les épaules avec sa musique tout en vous frappant au ventre avec ses paroles. « L'anglais n'est pas ma langue maternelle », explique Calatayud, « donc sur notre premier album, j'étais timide et j'essayais de compliquer les choses pour me sentir intelligent, en quelque sorte. Et Robbie m'a dit : « Non, tu dois être plus simple que ça. Tu dois miser sur l'émotion. » Je pense que cela m'a beaucoup aidé : savoir que je pouvais simplement écrire des paroles simples et honnêtes. Cela a changé ma façon d'écrire les paroles du deuxième album. » »
Naturellement, les moments les plus dramatiques de Something Out of Nothing sont aussi les plus ouvertement personnels. Dans « Orange Blossom », Calatayud rend hommage à son arrière-grand-mère, qui a vécu jusqu'à 101 ans et dont l'esprit de persévérance continue de le guider dans ses moments les plus sombres, comme celui décrit dans « Burning Down the House », une élégie post-rupture qu'il qualifie de « chanson la plus difficile à écrire ». Sur ces deux titres, Calatayud chante les refrains avec une intensité si débridée qu'on peut presque voir les larmes monter à ses yeux.
Par ailleurs, l'atmosphère inquiétante à la Radiohead de « Home » nous plonge dans le moment où le trajet matinal accablant de Calatayud pour se rendre à son travail – une heure et demie de métro et une heure de marche, pour être exact – l'a conduit à une véritable crise existentielle, alors qu'un mal du pays grandissant l'amenait à se demander s'il voulait rester au Canada.
De même, la balade folk méditative chantée en espagnol « Miedo de olvidar » a été inspirée par le fait que les trois membres du groupe s'ennuyaient de leur mère, qui vivent toutes loin de Montréal, où le groupe est basé.
Mais c'est peut-être dans la chanson la plus vulnérable de Something Out of Nothing que l'on trouve la meilleure illustration de la confiance grandissante de Bye Parula. Contrairement au mojo polyrythmique qui imprègne l'album, « Needed » est d'une simplicité saisissante : un hymne acoustique hypnotique qui s'articule autour d'un seul refrain – « I don't want to talk about it/ playing another little game with you, my love/ they say it's only a matter of time » (Je ne veux pas en parler/ jouer à un autre petit jeu avec toi, mon amour/ ils disent que ce n'est qu'une question de temps) – que Calatayud répète pendant cinq minutes, son ton devenant progressivement plus instable à chaque passage. La chanson a été écrite collectivement alors que D'Isanto se remettait d'une rupture difficile avec son partenaire. Pour un groupe de gars qui se connaissaient à peine lorsqu'ils ont commencé à jouer ensemble en 2020, « Needed » témoigne du lien indéfectible qui les unit désormais en tant que membres du groupe et en tant qu'amis proches sur lesquels ils peuvent compter dans les moments difficiles.